LE POURQUOI ET LES LEVIERS : VERS LA TRANSFORMATION DE GUÉYO
Le développement d’une collectivité territoriale ne repose ni sur le hasard, ni sur l’improvisation. Il repose sur une articulation claire entre trois dimensions fondamentales : le Qui, le Quoi et surtout le Pourquoi. Car si le Qui incarne le leadership et le Quoi traduit l’action, le Pourquoi, lui, donne le sens, fixe le cap et mobilise les énergies. Sans vision, il n’y a ni cohérence, ni transformation durable.
C’est précisément cette question du Pourquoi qui doit aujourd’hui nous interpeller. Pourquoi voulons-nous transformer Guéyo ? Pourquoi voulons-nous changer d’échelle ? Pourquoi devons-nous mobiliser davantage de ressources ? La réponse est simple : parce qu’une commune ne peut aspirer au développement sans ambition structurée. Elle ne peut progresser sans une vision assumée de son avenir.
En observant certaines communes comparables à Guéyo, une réalité frappante s’impose. Certaines parviennent à mobiliser entre 800 et 1 400 milliards de francs CFA de ressources. Ces performances ne sont pas le fruit du hasard, ni uniquement le résultat d’une industrialisation avancée. Elles reposent sur un élément central : l’existence d’un plan stratégique solide, pensé dans la durée et exécuté avec rigueur.
Cela nous enseigne une leçon essentielle : la richesse d’un territoire ne dépend pas uniquement de ses ressources naturelles, mais de la manière dont celles-ci sont organisées, valorisées et intégrées dans une vision globale. Guéyo dispose de potentialités réelles. Mais pour les transformer en puissance économique, il faut changer de paradigme.
Aujourd’hui, le développement local est souvent concentré sur le centre-ville, laissant les zones périphériques et les villages en marge de la dynamique économique. Cette approche est limitée. Elle réduit l’impact des politiques publiques et freine la mobilisation des ressources. Demain, notre ambition doit être différente : bâtir une économie territoriale intégrée, capable d’irriguer l’ensemble de la commune.
L’objectif est clair : faire de Guéyo un véritable moteur économique, capable de mobiliser jusqu’à 1 200 milliards de francs CFA de potentiel économique à terme, et d’inscrire son budget dans une dynamique d’investissement massif et structurant. Mais une telle ambition ne peut se réaliser sans leviers concrets.
Trois leviers majeurs doivent structurer cette transformation.
Le premier levier est la création d’une économie circulaire locale autour de nos cultures de rente, notamment le cacao, l’hévéa et le palmier à huile. Aujourd’hui, ces ressources sont principalement exploitées dans une logique d’exportation brute, ce qui limite fortement la valeur ajoutée captée localement. Il est impératif de développer des chaînes de transformation sur place, d’encourager la création d’unités industrielles et de structurer des circuits économiques complets, allant de la production à la commercialisation. Ce modèle permettra de générer des revenus continus, de créer des emplois et de sortir définitivement d’une économie saisonnière.
Le deuxième levier consiste à élargir l’assiette fiscale. Une grande partie du potentiel économique local échappe encore à toute structuration. Il est donc nécessaire de procéder à une immatriculation complète des zones habitées, d’identifier l’ensemble des activités économiques, qu’elles soient formelles ou informelles, et de mettre en place un système de fiscalisation progressive, juste et adaptée. L’objectif n’est pas de pressurer les populations, mais d’organiser le territoire pour que chacun contribue équitablement au développement collectif.
Le troisième levier repose sur l’investissement dans le capital humain. Aucune transformation durable n’est possible sans une population formée, compétente et engagée. Guéyo doit devenir un pôle stratégique en matière d’éducation, de services et d’innovation, à l’intersection des régions de la Nawa, du Gôh et du Gboklè. Cela implique de renforcer les infrastructures éducatives, de développer des centres de formation adaptés aux besoins du marché, et de favoriser l’émergence d’un écosystème entrepreneurial local.
Ces trois leviers ne sont pas indépendants. Ils sont complémentaires et doivent être mis en œuvre de manière cohérente. Ensemble, ils permettent non seulement de tripler les recettes de la commune, mais surtout de réorienter le budget vers l’investissement, condition indispensable à un développement durable.
Mais au-delà des mécanismes économiques et fiscaux, l’enjeu est profondément politique et collectif. Il s’agit de mobiliser une population autour d’un projet commun, de créer une dynamique d’adhésion et de responsabilité partagée. Car une commune ne se transforme pas uniquement par des décisions administratives. Elle se transforme lorsque ses habitants adhèrent à une vision et s’engagent pour la réaliser.
Dans moins de 36 mois, chacun sera appelé à faire un choix. Continuer dans une logique de gestion limitée ou s’engager dans une dynamique de transformation ambitieuse. Subir ou construire. Attendre ou agir.
Le Pourquoi que nous posons aujourd’hui est donc un appel. Un appel à la lucidité, à l’ambition et à l’action. Car une commune ne devient pas puissante par hasard. Elle le devient lorsqu’un peuple décide, consciemment, de lui donner une direction, une vision et les moyens de sa transformation.
Et pour le reste du plan… le moment venu, il sera dévoilé, structuré et mis en œuvre avec rigueur, afin que chacun trouve sa place et devienne acteur de ce changement historique.
Jean Baptiste ZEKRE
Dr h.c Management et development
Analyste Géopolitique et Géostratégie
Certifié école de Guerre économique Paris